Le Conseil fédéral a annoncé son soutien à la création d’un «Fonds suisse pour l’avenir». Dans l’indifférence médiatique. C’est pourtant une avancée.

Le Conseil fédéral semble bien décidé à encourager le développement des start-up. Il y a dix jours, le gouvernement acceptait notre postulat «Pour un meilleur développement des jeunes entreprises innovantes». Mercredi, il a annoncé son soutien à la création d’un «Fonds suisse pour l’avenir». Dans l’indifférence médiatique. Et pourtant: nous parlons de centaines de millions de francs pour nos entrepreneurs. En résumé: le gouvernement soutient la motion de notre collègue Konrad Graber. Le principe est simple: il s’agit d’encourager les caisses de pension à créer en commun un fonds qui assumerait la fonction d’intermédiaire au profit de toutes les institutions.

Et qui investira dans des fonds de capital-risque spécialisés. Reste le plus délicat: comment encourager les caisses de pension a investir, ne serait-ce qu’un tout petit pourcent, dans l’avenir du pays? Comme le relève le Conseil fédéral dans sa réponse à la motion Graber, rien ne s’op- pose aujourd’hui à ce que les institutions de prévoyance augmentent la proportion de ces placements. Mais leur situation est délicate: les assurés assument les risques de la politique de placement choisie. Les institutions hésitent donc à franchir le pas du private equity. Dans ce contexte, le Conseil fédéral estime que l’Etat peut «s’employer à améliorer le cadre qui per- met aux caisses d’alimenter l’économie suisse en capital-risque porteur d’avenir sans outrepasser leur capacité de risque et leurs possibilités».

Une révolution. Le gouvernement propose donc de créer un groupe de travail pour encourager les caisses à alimenter ce «Fonds suisse pour l’avenir». Nous pouvons déjà lui suggérer une piste, simple et efficace: modifier l’ordonnance sur la prévoyance professionnelle, et abaisser les «barrières d’entrées» au private equity. En considérant les investissements dans les PME suisses non cotées comme une extension de l’allocation «actions suisses «, les caisses de pension n’auraient plus besoin d’ouvrir une al- location «alternative». Ce serait compris dans l’allocation d’actions. En d’autres mots: on intègre les investisse- ments dans les PME suisses non cotées au sein d’une classe d’actifs déjà existante, et déjà di- versifiée. D’où l’abaissement des «barrières d’entrée». Pour les caisses de pension, il paraîtra normal d’élargir quelque peu leur allocation d’actions suisses en intégrant quelques sociétés non cotées afin de couvrir tout le tissu économique des PME suisses.

Sans prendre de risque inconsidérés. Et sans changer la loi. C’est une première piste. Il en existe d’autres. Le groupe de travail va s’y pencher. L’enjeu est majeur: nous devons stimuler le capital-risque, trop rare pour les jeunes entre- preneurs suisses. Et saluons, au passage, les bonnes dispositions du Département de l’économie. Il est de bon ton, à Berne, de critiquer Johann Schneider-Ammann. Nous voyons ici que, loin des projecteurs, notre ministre de l’économie s’engage pour le développement de l’innovation en Suisse. Espérons que le Parlement lui apporte le soutien nécessaire.

FATHI DERDER
Président du Réseau

source: AGEFI

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About Author

Fathi Derder

Conseiller national depuis décembre 2011, réélu en 2015, Fathi Derder (45 ans) est membre de la Commission de la science, de l’éducation et de la culture. Il y défend une politique d’innovation active, et des conditions-cadres encourageant la recherche et le transfert technologique. Fathi Derder préside en outre l’association Le Réseau, un groupe de start-up, d’entreprises et de Hautes Ecoles suisses engagées pour l’entrepreneuriat et l’innovation. Journaliste, il fut notamment rédacteur en chef adjoint à la Radio suisse romande, puis rédacteur en chef de La Télé, avant de devenir journaliste indépendant. Il collabore notamment avec le journal Le Temps. En 2015, il publie « Le prochain Google sera suisse (à dix conditions) », aux éditions Slatkine.

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