Jean-Henry Morin, professeur à l’Université de Genève, pense que la Suisse doit débattre urgemment de son développement numérique. Notre pays est en retard!

Le 14 septembre 2010, Doris Leuthard, alors présidente de la Confédération, était citée dans les colonnes du Temps, dans une rubrique sur l’innovation (Anouch Seydtaghia, «La Suisse n’utiliserait pas assez les nouvelles technologies») regrettant les mauvais classements de la Suisse dans les différents rankings liés à l’économie numérique et le retard trop grand pris par la Suisse dans ce domaine. En cause: les usages et en aucun cas la technologie et les infrastructures dont la Suisse est largement dotée.

Le remède préconisé alors: la création sous son patronat d’un partenariat public-privé intitulé «eEconomy Board», qui n’accouchera malheureusement que de trois ou quatre communiqués en quatre ans sur son site www.e-economy.ch. Aujourd’hui éteint, ce dernier est redirigé sur une bien maigre définition de l’e-economy hébergée par le Secrétariat d’Etat à l’économie, dont la page française offre une définition en allemand.

Quatre ans plus tard, ce qui équivaut globalement à deux ­générations technologiques, la Suisse n’a toujours pas d’«Agenda numérique» digne de ce nom, alors que la plupart des pays se sont dotés de tels instruments afin de piloter de façon cohérente les politiques publiques indispensables au développement d’une société devenue participative, dématérialisée et orientée vers les services.

En cause, ici, probablement une dilution des responsabilités liées à ces questions, qui sont réparties à travers plusieurs départements et offices fédéraux, rendant difficile, voire impossible une coordination cohérente des politiques publiques en la matière. Lorsqu’une question est le problème de tous, elle risque fatalement de devenir le problème de personne. C’est précisément le mal qui frappe notre pays et qui nous a conduits à ne pas avoir d’agenda numérique suisse incarné, porté par une personne dont ce serait la mission et la responsabilité, comme dans la plupart des Etats ayant un ministre ou un secrétaire d’Etat au numérique.

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Par Jean-Henry Morin, Le Temps 19.01.2015

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Fathi Derder

Conseiller national depuis décembre 2011, réélu en 2015, Fathi Derder (45 ans) est membre de la Commission de la science, de l’éducation et de la culture. Il y défend une politique d’innovation active, et des conditions-cadres encourageant la recherche et le transfert technologique. Fathi Derder préside en outre l’association Le Réseau, un groupe de start-up, d’entreprises et de Hautes Ecoles suisses engagées pour l’entrepreneuriat et l’innovation. Journaliste, il fut notamment rédacteur en chef adjoint à la Radio suisse romande, puis rédacteur en chef de La Télé, avant de devenir journaliste indépendant. Il collabore notamment avec le journal Le Temps. En 2015, il publie « Le prochain Google sera suisse (à dix conditions) », aux éditions Slatkine.

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