L’information n’a pas fait les gros titres, vendredi. C’est pourtant une annonce historique : cinq cantons romands s’unissent à l’EPFL pour créer le Parc national d’innovation. Un geste symbolique important : les sites romands ne sont pas concurrents, ils travaillent ensemble. Neuchâtel, Genève, Fribourg, Vaud et le Valais sont unis. Ensembles pour promouvoir le génie suisse. Avec un enjeu commun: la prospérité du pays.

L’acte est symboliquement fort, mais il y a plus. Avec cet accord, les meilleurs spécialistes romands en matière de sciences de la vie, de microtechnique, d’énergie ou de nanotechnologies, travailleront dans un but commun : un pôle d’innovation d’envergure mondiale. Les romands donnent ainsi naissance à un réseau d’excellence de premier plan.

Ce n’est pas une révolution dans le fonctionnement, les collaborations existent déjà. Des centaines d’entreprises collaborent à ce jour avec succès. Un exemple : Valtronic développe à la Vallée de Joux des technologies de pointe dans les sciences de la vie, sur la base de compétences nées de la tradition horlogère. Parmi ses clients, Second Sight, une société californienne qui a inventé des lunettes capables de redonner certaines fonctions visuelles aux aveugles, et présente en Suisse à l’EPFL. Que changera le futur Parc ? Il stimulera la création d’un pôle de compétences en lui donnant une visibilité internationale. Il attirera ainsi de nouveaux spécialistes en Suisse romande. Dans le cas de Second sight ou Valtronic, il visera les leaders en matière d’implants rétiniens. Le Parc doit donc prévoir de la place, des mètres carrés et des locaux proches des Hautes Ecoles pour accueillir ces nouveaux acteurs. Qui en attireront d’autres. Et créeront ainsi un cercle vertueux.

Les entreprises de Shanghaï, San Francisco ou Bangalore doivent vouloir venir en Suisse. Elles doivent immédiatement nous identifier comme un centre dynamique et concurrentiel. La région sera alors incontournable pour les ingénieurs, les chercheurs, les investisseurs. Le cercle vertueux continue. Et dans ce marché ultra-concurrentiel, la collaboration est indispensable. Le Parc d’innovation ne va rien réinventer, mais il va donner une nouvelle dynamique à l’innovation suisse, et une visibilité mondiale. Pour attirer, entre Neuchâtel et Genève, les meilleurs scientifiques et les meilleures entreprises.

Le Swiss innovation park verra le jour en 2015. Le Conseil fédéral proposera cet automne un projet au Parlement. Cette approche est forcément supracantonale. Avec l’union annoncée vendredi, la Suisse romande montre l’exemple à nos amis alémaniques, pris dans des querelles de clochers entre Bâle, Zurich et Berne. Le Parc ne doit pas être un lieu de concurrence jalouse entre cantons, mais un terrain de collaboration pour la science et l’innovation.

L’annonce fut discrète. Mais vendredi, avec ce mariage entre une Ecole polytechnique, cinq cantons, quatre universités, et une HES, la Suisse romande de l’innovation est née. L’air de rien.

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Fathi Derder

Conseiller national depuis décembre 2011, réélu en 2015, Fathi Derder (45 ans) est membre de la Commission de la science, de l’éducation et de la culture. Il y défend une politique d’innovation active, et des conditions-cadres encourageant la recherche et le transfert technologique. Fathi Derder préside en outre l’association Le Réseau, un groupe de start-up, d’entreprises et de Hautes Ecoles suisses engagées pour l’entrepreneuriat et l’innovation. Journaliste, il fut notamment rédacteur en chef adjoint à la Radio suisse romande, puis rédacteur en chef de La Télé, avant de devenir journaliste indépendant. Il collabore notamment avec le journal Le Temps. En 2015, il publie « Le prochain Google sera suisse (à dix conditions) », aux éditions Slatkine.

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