Une politique d’innovation voit le jour en Suisse

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La Suisse a besoin d’une politique d’innovation cohérente. C’est le message qu’envoie le Conseil national, la semaine dernière, en adoptant le postulat « pour une vision d’ensemble de notre politique d’innovation ». Il demande un aperçu des mesures prises – et à prendre – pour encourager l’innovation et l’entrepreneuriat. En outre, la décision de lundi en suivait quatre autres : pas moins de cinq postulats allant dans ce sens ont été adoptés ces derniers mois. Ensemble, ils forment les prémisses d’une politique d’innovation, concrétisant l’étroite collaboration née entre Le Réseau, le Parlement et le Département fédéral de l’économie. Berne pose ainsi les bases d’une politique d’innovation cohérente et durable. Tour d’horizon des textes adoptés.

1) Le postulat « Vision d’ensemble de la politique d’innovation » adopté la semaine dernière demande donc de passer en revue, département par département, les mesures qui pourraient soutenir l’innovation dans notre pays. Des mesures possibles dans les sept Départements fédéraux. Exemples : à la Justice, pour les questions migratoires, à l’Intérieur, pour la santé, ou à l’Energie, pour la sortie du nucléaire et la recherche énergétique. Et des mesures sont à prendre partout, comme à la Défense, sur le modèle d’une Darpa américaine ou d’une « Unité 8200 » israélienne. Département par département, analysons ces mesures, et donnons leur une cohérence. C’est une première étape indispensable pour une politique d’innovation globale.

2) En parallèle, le Conseil fédéral rédige actuellement un rapport sur la base du postulat « Pour un meilleur développement des jeunes entreprises innovantes », adopté l’année dernière à notre initiative. Objectif : cibler les mesures de soutien aux start-up. Un suivi naturel du rapport de 2012 sur le capital-risque, et un document essentiel pour cerner les mesures très concrètes de soutien aux entrepreneurs de ce pays.

3) Le postulat « Encourager l’économie participative » est soutenu par le Conseil fédéral. Il sera donc vraisemblablement adopté vendredi prochain. Nous l’avons déposé afin d’élargir l’horizon des mesures et anticiper les défis à venir. Il permettra à la Suisse de se doter d’une législation encadrant et encourageant les nouveaux modèles économiques et les entreprises innovantes de l’économie dite « du partage ».

4) L’ensemble de cette nouvelle économie numérique ne pourra se développer que sur des bases de confiance complète des consommateurs. Nous devons donc commencer par définir notre identité numérique et identifier les solutions pour la protéger : c’est précisément ce que demande un postulat adopté l’automne dernier. Il permettra de poser les bases pour protéger nos données afin de bâtir un modèle solide de société de big data et encourager l’innovation dans un climat de confiance. Sur ce thème, une initiative parlementaire propose également d’inscrire dans la constitution que nos données nous appartiennent. Elle a déjà convaincu une majorité en commission.

5) Enfin, un postulat demande d’étudier le meilleur soutien au développement de nos start-up à l’étranger. Le rapport, en cours de rédaction, a pour but de renforcer le réseau Swissnex et de mettre en place une diplomatie scientifique solide et durable.

Cinq textes complémentaires. Et ces textes ont deux fonctions : ils permettent, d’une part, d’identifier des mesures concrètes pour soutenir l’innovation ; mais ils sont, également, de précieux soutiens pour les motions actuellement traitées. Parmi celles-ci, citons trois objets cruciaux, sur la table du Parlement pour les semaines qui viennent : une réforme de la CTI, la création d’un parc national d’innovation, et la mise en place du « Fonds avenir suisse », alimenté par les caisses de pensions. Ces trois mesures permettront notamment une nette amélioration de l’accès au capital-risque. Nous devons donc sensibiliser Berne aux besoins des chercheurs et des entrepreneurs. Nous le faisons avec ces postulats. Et nous le ferons encore ce mercredi à l’occasion de la première rencontre du groupe parlementaire start-up : plus de 30 acteurs de l’innovation rencontreront les responsables de l’administration et les parlementaires pour une séance de travail, suivie d’un repas avec le Conseiller fédéral Schneider-Ammann.

Avec le soutien du Département de l’économie, les bases d’une réelle politique d’innovation suisse sont en train de naître en Suisse. Ça tombe bien, la Suisse traverse une période difficile. Le franc fort et le vote sur l’immigration de masse posent de gros problèmes à nos entreprises et nos Hautes Ecoles. Le ralentissement économique se fait déjà sentir. Une situation désagréable, mais qui a un mérite : celui de rappeler que la Suisse doit se battre, tous les jours, pour rester compétitive. Notre force d’innovation ne tombe pas du ciel, elle est le fruit du travail assidu de chercheurs et d’entrepreneurs visionnaires. Dans ce contexte, notre rôle à Berne est crucial : nous devons garantir les conditions-cadre optimales pour les acteurs helvétiques de l’innovation. Stimuler la recherche et l’entrepreneuriat, par tous les moyens. Et cela passe par une politique d’innovation concertée et réfléchie. Le combat continue, plus que jamais.

Par Fathi Derder, Agefi 17.03.2015

 

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About Author

Fathi Derder

Conseiller national depuis décembre 2011, réélu en 2015, Fathi Derder (45 ans) est membre de la Commission de la science, de l’éducation et de la culture. Il y défend une politique d’innovation active, et des conditions-cadres encourageant la recherche et le transfert technologique. Fathi Derder préside en outre l’association Le Réseau, un groupe de start-up, d’entreprises et de Hautes Ecoles suisses engagées pour l’entrepreneuriat et l’innovation. Journaliste, il fut notamment rédacteur en chef adjoint à la Radio suisse romande, puis rédacteur en chef de La Télé, avant de devenir journaliste indépendant. Il collabore notamment avec le journal Le Temps. En 2015, il publie « Le prochain Google sera suisse (à dix conditions) », aux éditions Slatkine.

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